#UnJourUnJDR : Perdus sous la Pluie

Fri 26 May 2017

A partir d’aujourd’hui, j’ai décidé d’écrire chaque jour une courte introduction a un des jeux indépendants présents dans ma bibliothèque, sur mastodon voici la première de ces introductions, qui parle de Perdus sous la Pluie

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Perdus sous la Pluie est donc un jeu de rôle indépendant de Vivien Feasson (comme indiqué sur la couverture), qu’il vend 10 euros. C’est un jeu relativement sombre, a autorité partagée, ou les participants jouent des enfants perdus dans une ville un soir de pluie, qui tentent de survivre face aux sirènes de l’averse, créatures monstrueuses pouvant revêtir toutes sortes d’apparence qui tentent de les séparer pour les dévorer.

Le système de jeu est, comme je l’ai dit précédemment, très peu traditionnel, en cela que l’autorité est complètement partagée. Le jeu se découpe en chapitres, chacun s’attardant sur un enfant (et portant son nom). Le joueur qui joue l’enfant en prend le contrôle, et les autres joueurs jouent l’aversité (pas de faute d’orthographe 🙂 ), et choisissent ensemble les actions des sirènes de l’averse.

Bien entendu, “choisir ensemble les actions de l’aversité” ça peut faire un peu peur, mais on fait pas de vote à chaque décision. Chaque joueur de l’aversité peut faire une description à tour de rôle (sans ordre particulier, quand la personne à envie de parler elle peut, et si elle n’a pas envie rien ne l’y oblige).

(Quelques images du livre) page18 page19 page20 page21

Je vais pas expliquer tout le système de résolution, mais globalement il fonctionne avec des petits objets qui représentent le lien de l’enfant au groupe (personellement j’utilise des billes ou des attaches de canettes). A chaque action négative de la part de l’aversité, cette dernière a le droit de retirer une des billes de l’enfant dont c’est le chapitre, qui ne peut pas se défendre (cela doit se faire par une action négative exclusivement, en rappellant la présence des sirènes, en opposant l’enfant au groupe, ou en lui sussurant des idées noires). Les joueurs qui incarnent l’aversité ne peuvent jouer qu’avec leur personnage, le décor, ou les sirènes, jamais avec les autres personnages, bien entendu (pour respecter la propriété des personnages). Il est possible de regagner des billes, lorsqu’un joueur de l’aversité décide de donner au joueur principal du chapitre une des siennes pour représenter qu’il aide le joueur principal.

Le joueur peut aussi décider de faire jouer sa rancoeur, de se rebeller contre l’aversité, en attaquant un autre enfant du groupe. Dans ce cas, les deux enfants perdent une bille.

Bref, quand un joueur perd toutes ses billes, que son enfant perd toutes ses attaches avec le groupe, le joueur a le droit de décrire la fin de son personnage, avalé par la pluie, finalement séparé du groupe, et dévoré par les sirènes. A la fin de la partie, il ne reste qu’un seul enfant (sachant que les joueurs ayant “perdu” continuent de jouer l’aversité, ils n’ont simplement plus de chapitre a leur nom et plus de personnage spécifique qu’ils ont le droit de jouer). Le joueur controllant l’enfant qui reste a la fin de la partie peut décider de retrouver ses parents et sa vie de tous les jours, ou de disparaître a son tour sous l’averse.

J’aime beaucoup ce jeu, pour plusieurs raisons : Tout d’abord, il a le mérite de faire une séparation de l’autorité très intelligente, qui fonctionne parfaitement avec le propos du jeu (la cruauté des enfants livrés à eux mêmes), et qui marché très bien en jeu aussi. Il parle aussi d’un thème et d’une ambiance rarement abordés dans le jeu de rôle. L’ambiance est très vivement suggérée par beaucoup de choses dans le livre de base, que ça soit les illustrations, la fiche de perso, ou même le ton (écrit a la première personne, au présent, a la manière assez simple d’un enfant).

fiche-perso

Bref, je trouve ce jeu audacieux, poétique, triste et beau a la fois, et très intelligent. Les parties durent entre deux et trois heures, leur style peut complètement changer d’une partie a une autre, y a presque pas besoin de materiel (dans l’absolu on peut jouer avec une feuille et des petites pièces), c’est très simple a comprendre… C’est une initiation parfaite au jeu de rôle pour des gens qui n’en ont jamais fait, et une initiation parfaite au jeu de rôle a autorité partagée pour des gens qui ont toujours joués a des jeux traditionnels, a mon sens.


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