#UnJourUnJDR : Sens

Tue 30 May 2017

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Bon aujourd’hui dans #UnJourUnJDR, on commence à se connaître un peu, donc je vais vous parler d’un jeu un peu différent. Je vais parler de Sens Renaissance, de Romaric Briand, illustré par Valéry Nettavongs. Ça va être plutôt court, parce que je veux pas (trop) spoiler (en tout cas rien de l’histoire après la création de personnages, je vais parler du système de jeu), et que je n’ai lu et joué qu’a Renaissance pour l’instant.

Eh oui, parce que Sens est une Hexalogie (une série de six livres), et que chaque livre, qui étend l’histoire et l’univers, change aussi le système, et est donc en fait un jeu de rôle séparé. La publication de Sens Renaissance à été un beau foutoir, avec une première édition en jeu amateur publié en PDF sur le net, puis une version papier, complémentée par un deuxième livre parce que le premier ne suffisait pas, …

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Bref, commençons par les bases : Sens Renaissance est un jeu de rôle traditionnel, a secrets, avec MJ qui a tous les pouvoirs, joueurs qui n’en ont aucun, et scénario gravé dans la pierre. Sauf que contrairement a d’autres jeux du style, ce fait est réfléchi dans Sens, et sert le propos du jeu, puisque celui ci parle entre autres du déterminisme de l’univers, et fait de grands rapprochements entre les joueurs et les personnages.

Commençons par présenter l’univers. Dans un contexte de science fiction ou l’humanité a colonisé et terraformé Mars et la Lune, l’Empire Omicron tente tant bien que mal de maintenir son emprise sur les trois planètes, quand des artefacts pré-humains sont découverts sur Mars, les Runes de Dieu. Après de longues recherches, des ordinateurs sont construits pour tenter de déchiffrer les informations contenues dans ceux-ci. Il se trouve que les deux ordinateurs en question, Cosmo et Rebirth, fonctionnent. Ils permettent d’observer l’état de l’univers entier, du présent et du passé, et peuvent calculer l’avenir. Il est fait la preuve que l’univers est déterministe. Tandis que l’Empereur, mourant, est greffé a son trône qui lui permet de vivre pour toujours, le Dauphin, devenu régent, mate la rebellion qui s’est déclarée sur Terre, opposée a l’utilisation de Cosmo et Rebirth. La guerre entre l’Empire et la Résistance dure des siècles, car la Résistance semble avoir trouvé un moyen de contrecarrer le pouvoir de Cosmo et Rebirth, au moins a un certain degré, mais les leaders des deux groupes n’ont pas l’air de vieillir. Elle se termine enfin lors d’une bataille a la Nouvelle York, durant laquelle une créature étrange, parcourue de foudre bleue, tue FinlongFinger, le leader de la Résistance. Suite a cette bataille, les dernières volontés de ce leader sont exécutées par ce qu’il reste de la Résistance. Des enfants, tous nés le 14 Décembre 996, sont rassemblés et amenés au Pole Sud, ou attend une base secrète, ou la Résistance pourra survivre, reprendre des forces, et peut être un jour tenter de libérer l’Humanité. Les personnages sont ces enfants, dits “Bugs”, qui pour une raison ou une autre, ne sont pas présents dans Cosmo et Rebirth.

Bon, c’est une description très grossière que j’ai fait ici, mais je pense que ça suffit pour donner une impression du style de l’univers et des thèmes abordés. Comme je l’ai dit plus tôt, le scénario est fixe, et la base du jeu consiste en réalité en grande partie en 6 scénarios, qui se suivent vaguement (c’est a dire qu’on peut introduire des séances en plus au milieu avec des scénarios perso, mais on peut aussi juste les jouer tous a la suite).

Bon, le système de jeu de Sens est déterministe. C’est a dire que c’est un système avec des caractéristiques (les Runes) et SANS DÉ HAN MON DIEU MAIS C’EST PAS DU JEU DE RÔLE HAN LA LA bon bref. Les personnages disposent aussi de faits, qui leur permettent d’augmenter leurs runes temporairement. C’est donc un jeu a gestion de ressource, ne prenant pas en compte le hasard (hmm, mais ça sent le PROPOS ÇA NON?)

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Enfin, le système de jeu va un peu plus loin que ça, parce que Sens est aussi un jeu qui réfléchit a la relation personnage / joueur. Ainsi, la fiche de personnage comprend aussi un espace de faits sur le joueur, et ce dernier peut utiliser ces faits pour sortir son personnage d’un mauvais pas en échange de points d’immersion positive. Ces derniers se gagnent en jouant son personnage, et les points d’immersion négative quand on sort de son rôle.

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Le système de Sens propose d’autres possibilités, comme l’Ombre Monde, monde parallèle dont on ne sait pas grand chose, mais qui offre aux personnages des pouvoirs étranges, etc. Mais Sens offre surtout des réflexions philosophiques (et de très beaux schémas), a la fois pour les personnages mais du coup aussi (et surtout) pour les joueurs. Réflexions sur le libre arbitre qui s’interfacent très bien avec le jeu de rôle, puisque les personnages sont impuissants face aux décisions des joueurs et que ces derniers sont impuissants face aux décisions du meneur de jeu (dans le jeu de rôle classique, en tout cas).

Bon, je vais conclure la sur Sens, parce que si je vais plus loin je risque de spoiler des choses importantes (les thèmes dont je parle jusque la, je pense que ça va) : Sens est un jeu très intéressant sur beaucoup de points. Je vais commencer par en parler en mal, du coup. Sens est un jeu très, très mal écrit. C’est assez désagréable a lire, non pas parce que c’est trop verbeux comme un jeu de rôle classique avec 400 pages de règles, mais parce que le style du Romaric Briand d’y a une décennie est juste insupportable. Sens est aussi un jeu assez mauvais, avec beaucoup de règles inutiles, de système redondant, de phrasé malheureux, et de dysfonctionnalités. Mais c’est aussi un jeu avec un propos extrêmement intéressant. La liberté et le déterminisme sont des thèmes qui se marient très bien avec le jeu de rôle traditionnel, et le système d’immersion permet de faire fonctionner le système de jeu malgré ses défauts. Ça en fait aussi un jeu très intéressant de l’extérieur, avec une mystique liée aux secrets et au fait que les joueurs ne puissent pas critiquer Sens sans perdre des points d’immersion, même hors du jeu.

Bref, Sens est un jeu intéressant, mal construit mais intéressant. Il apporte des thèmes qui valent la peine de dépasser ses problèmes de système, et il amène souvent a une réflexion sur le jeu de rôle qui permet de découvrir des jeux très intéressants eux aussi.


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